samedi 10 décembre 2011

TELECOM École de Management: le scandale des frais d'inscription


Le 24 novembre, le Conseil d' Administration de l'Institut Télécom a voté une hausse historique et considérable des frais de scolarité à l'entrée de l'école. Cette décision va à l'encontre des principes de l'école républicaine qui veulent que cette dernière soit accessible à tous quelque soit le milieu social d'origine. Cette nouvelle barrière sociale à l'entrée de TEM aura deux conséquences : l'impossibilité pour un certain nombre d'étudiants d'intégrer l'école pour des raisons financières et donc une discrimination sociale plus importante; la précarisation accrue des futurs étudiants, qui, ne serait-ce que pour payer leurs études, devront débourser au moins 500 € euros par mois.

Dans ce billet, nous dénonçons la méthode adoptée par l'administration afin de faire passer cette mesure (absence de concertation avec les représentants des étudiants), nous déconstruisons un à un les arguments utilisés par cette dernière pour justifier cette mesure inique et antisociale et dans un dernier temps nous pointons du doigt les conséquences de ce choix.


Refus du dialogue social

La direction, après avoir renoncé à passer les frais de scolarité à 5000 € pour cette rentrée, a décidé de remettre ça pour la rentrée 2012. Cela s'est fait sans la moindre consultation des élus étudiants, qui ont appris, deux jours avant, qu'une décision en ce sens pourrait être soumise au prochain CA de l'Institut Télécom; pendant la session du CA, les élus ont appris en séance, au dernier moment, le montant exact des frais d'inscription. Pris par surprise, il leur a été ainsi impossible d'infléchir la politique de la direction de TEM. Il s'agit là d'un passage en force inacceptable, qui s'est opéré de manière totalement irrégulière, car le règlement intérieur du CA impose que les documents sur lesquels les administrateurs ont à se prononcer doivent être envoyés au maximum 10 jours avant la séance, avec l'ordre du jour, sauf « empêchement exceptionnel »- ce qui n'est nullement le cas ici.

Certes, des « bruits de couloirs » laissaient présager une mesure de ce type mais les élus étudiants se doivent de travailler avec la direction et intervenir en fonction d'informations officielles, qui ont été ici volontairement cachées. Or, l'administration était officiellement revenue sur la hausse prévue à 5000 € pour la rentrée 2011 et il n'avait été nullement dit que cela se ferait à la rentrée 2012. L'UNEF réfléchit donc à la possibilité d'un recours administratif tendant à l'annulation d'une délibération alors entachée d'une erreur de procédure.


Petit passage en revue des arguments de la direction

Pour faire passer une telle mesure, l'administration a usé d' arguments pour le moins contestables.

Argument n°1: Seuls les étudiants des promotions futures seront impactés

Cet argument a été utilisé lors de la rencontre qui a eu lieu il y a deux semaines entre la direction et les étudiants de TEM. C'est vrai, et le directeur de l'école a bien insisté dessus, les étudiants actuels de l'école ne verront pas leurs frais de scolarité augmenter. L'administration parie alors sur l'égoïsme des étudiants et espère donc que ces derniers ne se mobiliseront pas par solidarité pour le devenir de leur école, pour le maintien de sa relative accessibilité et pour les promotions futures. C'est mal nous connaître.

N'oublions pas que les étudiants de TEM subissent actuellement la première vague d'augmentation des frais d'inscription qui a vu ces derniers passer de 1100 à 2500 €. N'oublions pas non plus que les 1A ne payent pas les 5000€ initialement prévus, en partie grâce à l'action des représentants des élèves, qui, depuis 2008, s'opposent fermement à une telle mesure.

Si nous voulons être fiers de notre école et de ce que nous laissons aux futures générations d'étudiants, si nous voulons envoyer un signal positif à ceux qui ambitionnent d'intégrer TEM à la rentrée prochaine, nous devons nous mobiliser.


Argument n°2: TEM restera, de loin, l'école la moins chère des écoles de commerce

« Encore heureux » serait-on en droit de répondre. Si TEM est moins chère que les autres écoles, c'est parce qu'elle est publique et les autres privées. Cette comparaison n'a donc pas lieu d'être. Cela reviendrait alors, en suivant la logique jusqu'au bout, à rendre payantes les classes prépas, puis les lycées, les collèges, les écoles primaires publiques...au simple motif qu'il y a des établissements privés. Si des établissements scolaires sont publiques et donc financés par l'État, c'est pour une simple raison: il est nécessaire de garantir à chaque jeune et enfant de la République les mêmes chances de réussite et donc faire reposer le financement sur l'État et la solidarité nationale. Il revient alors à l'État de répartir équitablement la charge publique et non faire payer les étudiants.

Il est tout à fait normal et légitime que le société prenne en charge financièrement les études car c'est bien toute la société qui profitera des talents et des compétences des étudiants, une fois ceux-ci diplômés et entrés sur le marché du travail. Ces derniers travailleront et seront d'autant plus productifs qu'ils auront été bien formés; ils créeront des richesses, produiront des services et contribueront à leur tour au financement de l'État -et donc de l'éducation dont ils auront pu profiter. Trop souvent vus comme des bénéficiaires d'un servies, comme une charge pour la société, les étudiants sont au contraire l'avenir ce cette société qui les précarise.

L'argument de la direction de TEM et de l'Institut Télécom est simple et bien rodé: on ne fait qu'aligner les frais de scolarité de TEM sur ceux des autres grandes écoles de commerce. Et si on faisait pareil pour Télécom SudParis et on comparait ses frais d'inscription à ceux des autres grandes écoles d'ingénieur, en vue de les aligner, on constaterait la chose suivante: les frais d'études des écoles d'ingénieur sont bien en-deçà de ceux pratiqués à Télécom SudParis. Selon cette même logique, il conviendrait alors de diminuer les frais de scolarité de TSP. Le fait-on? Non, on les augmente d'année en année. L'argument est sans valeur car utilisé dans un sens unique, lorsqu'il s'agit de faire payer davantage les étudiants.


Argument n°3: TEM reste tout de même une école très sociale.

Il est vrai que TEM accueille une forte proportion de boursiers et, plus généralement, d'étudiants issus des milieux populaires, par rapport aux écoles de commerce privées. Il est pourtant évident que les écoles publiques se doivent d'être accessibles à tous; pourtant, ce qui relève ici de la normalité est présentée par la direction comme quelque chose d'exceptionnel.

Ce n'est qu'à cette rentrée que TEM et les autres écoles de l'Institut Télécom se sont mises à appliquer les mêmes critères de bourses que ceux pratiqués dans les autres établissements publiques d'enseignement supérieur (le critère CROUS). Cela signifie que pendant 30 ans, de la création de l'INT à cette rentrée, les étudiants de TEM et TSP avaient des bourses au rabais. Étrange conception du social.

Quant aux frais de scolarité, aujourd'hui à 2500€ et demain à 5000€, ils sont exorbitants comparés aux autres établissements d'enseignement supérieur, qui sont de 245€ pour les formations délivrant le grande de Master. Des frais de scolarité 10 fois supérieurs à la normale; et bientôt 20 fois supérieurs.

Du côté des prix dispensés au restaurant scolaire, on constate que le prix du repas des étudiants est de 3.53€ actuellement; d'après la direction du restaurant, il passera en janvier à 4€ environ et à termes à 4,50€. Dans les autres restaurants scolaires, le repas est à 3,05€. Une différence non-négligeable pour ceux qui ont du mal à boucler leurs fin de mois.

TEM n'est pas une école aussi "sociale" que la direction veut bien le faire croire.

Argument n°4: l'école a besoin d'argent

C'est encore vrai. L'école a besoin d'argent pour fonctionner (payer les salaires du personnel, entretenir et rénover les locaux, financer le restaurant scolaire...) et le projet d'augmentation des frais de scolarité a été justifié, en 2008 lorsqu'il a été proposé par la direction, par un besoin en ressources financières (pour, par exemple, mettre en place sur le campus une salle de marchés).

Or, il n'y a pas de lien entre le besoin en ressources d'une école et les frais de scolarité. Par exemple, lu budget de TSP est de 25,2 millions d'euros et celui de TEM de 16,5 millions. Ainsi, TSP dépense plus par étudiant que TEM mais les frais de scolarité à TSP sont moindres (1100 € contre 5000 € à la rentrée prochaine). Il n'y a donc aucune raison que TEM fasse payer une telle somme à ses étudiants ni que l'Institut Télécom ne subventionne pas TEM à hauteur de ce dont elle à besoin, de manière à empêcher la hausse des coûts pour les étudiants.

La question est donc banalement une question de financement et d'une équitable allocation des ressources à l'intérieur de l'Institut Télécom. Avec un budget conséquent, à savoir de 145 millions d'euros pour l'Institut, on peut affirmer que la variable d'ajustement pour le fonctionnement des écoles doit être la subvention alloués à ces dernières par l'Institut, et non pas les étudiants avec les frais d'études.


Argument n°5: l'école a obtenu une accréditation internationale

Oui, mais on ne voit pas le rapport! En quoi l'obtention d'une accréditation internationale devrait rendre une école plus chère pour ses étudiants et donc moins accessible?



Des conséquences graves pour les étudiants

Les conséquences sont évidentes:

1) Une discrimination sociale accrue à l'entrée de l'école.

Qu'il y ait un nombre conséquent de boursiers à TEM par rapport aux autres écoles de commerce n'est pas contradictoire avec le fait que des étudiants ne puissent intégrer TEM pour des raisons financières: notamment ceux issus des classes moyennes ou ceux qui ne sont "pas assez pauvres" pour être exonérés de frais d'inscription.

2) Une précarisation plus forte des étudiants.

Cela signifie que pour un étudiant en difficultés financières, il faudra sortir en moyenne 250€ de plus par mois, pour espérer conserver les mêmes conditions de vie et d'études déjà précaires. Pour un étudiant déjà salarié, cela signifie qu'il devra travailler 25 heures de plus par moi par rapport à la situation actuelle. Avec certaines situations paradoxales qui consistent pour des étudiants à travailler pendant leurs heures de cours, afin de payer les cours qu'ils sont en train de manquer du fait de leurs maigres ressources.


Tous ensemble pour s'opposer à la hausse des frais de scolarité, à TEM comme à TSP!