Le 24 novembre, le Conseil d' Administration de l'Institut Télécom a voté
une hausse historique et considérable des frais de scolarité à l'entrée de
l'école. Cette décision va à l'encontre des principes de l'école républicaine
qui veulent que cette dernière soit accessible à tous quelque soit le milieu
social d'origine. Cette nouvelle barrière sociale à l'entrée de TEM aura deux conséquences
: l'impossibilité pour un certain nombre d'étudiants d'intégrer l'école pour
des raisons financières et donc une discrimination sociale plus importante; la
précarisation accrue des futurs étudiants, qui, ne serait-ce que pour payer
leurs études, devront débourser au moins 500 € euros par mois.
Dans ce billet, nous dénonçons la méthode adoptée par l'administration
afin de faire passer cette mesure (absence de concertation avec les
représentants des étudiants), nous déconstruisons un à un les arguments utilisés
par cette dernière pour justifier cette mesure inique et antisociale et dans un
dernier temps nous pointons du doigt les conséquences de ce choix.
Refus du dialogue social
La direction, après avoir renoncé à passer les frais de scolarité à
5000 € pour cette rentrée, a décidé de remettre ça pour la rentrée 2012. Cela
s'est fait sans la moindre consultation des élus étudiants, qui ont appris,
deux jours avant, qu'une décision en ce sens pourrait être soumise au prochain
CA de l'Institut Télécom; pendant la session du CA, les élus ont appris en
séance, au dernier moment, le montant exact des frais d'inscription. Pris par
surprise, il leur a été ainsi impossible d'infléchir la politique de la
direction de TEM. Il s'agit là d'un passage en force inacceptable, qui s'est
opéré de manière totalement irrégulière, car le règlement intérieur du CA
impose que les documents sur lesquels les administrateurs ont à se prononcer
doivent être envoyés au maximum 10 jours avant la séance, avec l'ordre du jour,
sauf « empêchement exceptionnel »- ce qui n'est nullement le cas ici.
Certes, des « bruits de couloirs » laissaient présager une
mesure de ce type mais les élus étudiants se doivent de travailler avec la
direction et intervenir en fonction d'informations officielles, qui ont été ici
volontairement cachées. Or, l'administration était officiellement revenue sur
la hausse prévue à 5000 € pour la rentrée 2011 et il n'avait été nullement dit
que cela se ferait à la rentrée 2012. L'UNEF réfléchit donc à la possibilité
d'un recours administratif tendant à l'annulation d'une délibération alors
entachée d'une erreur de procédure.
Petit passage en revue des arguments de la direction
Pour faire passer une telle mesure, l'administration a usé d' arguments
pour le moins contestables.
Argument n°1: Seuls les étudiants des promotions futures seront
impactés
Cet argument a été utilisé lors de la rencontre qui a eu lieu il y a
deux semaines entre la direction et les étudiants de TEM. C'est vrai, et le directeur
de l'école a bien insisté dessus, les étudiants actuels de l'école ne verront
pas leurs frais de scolarité augmenter. L'administration parie alors sur
l'égoïsme des étudiants et espère donc que ces derniers ne se mobiliseront pas
par solidarité pour le devenir de leur école, pour le maintien de sa relative
accessibilité et pour les promotions futures. C'est mal nous connaître.
N'oublions pas que les étudiants de TEM subissent actuellement la
première vague d'augmentation des frais d'inscription qui a vu ces derniers
passer de 1100 à 2500 €. N'oublions pas non plus que les 1A ne payent pas les
5000€ initialement prévus, en partie grâce à l'action des représentants des
élèves, qui, depuis 2008, s'opposent fermement à une telle mesure.
Si nous voulons être fiers de notre école et de ce que nous laissons
aux futures générations d'étudiants, si nous voulons envoyer un signal positif
à ceux qui ambitionnent d'intégrer TEM à la rentrée prochaine, nous devons nous
mobiliser.
Argument n°2: TEM restera, de loin, l'école la moins chère des écoles
de commerce
« Encore heureux » serait-on en droit de répondre. Si TEM est
moins chère que les autres écoles, c'est parce qu'elle est publique et les
autres privées. Cette comparaison n'a donc pas lieu d'être. Cela reviendrait
alors, en suivant la logique jusqu'au bout, à rendre payantes les classes
prépas, puis les lycées, les collèges, les écoles primaires publiques...au
simple motif qu'il y a des établissements privés. Si des établissements
scolaires sont publiques et donc financés par l'État, c'est pour une simple
raison: il est nécessaire de garantir à chaque jeune et enfant de la République
les mêmes chances de réussite et donc faire reposer le financement sur l'État
et la solidarité nationale. Il revient alors à l'État de répartir équitablement
la charge publique et non faire payer les étudiants.
Il est tout à fait normal et légitime que le société prenne en charge
financièrement les études car c'est bien toute la société qui profitera des
talents et des compétences des étudiants, une fois ceux-ci diplômés et entrés
sur le marché du travail. Ces derniers travailleront et seront d'autant plus
productifs qu'ils auront été bien formés; ils créeront des richesses,
produiront des services et contribueront à leur tour au financement de l'État -et
donc de l'éducation dont ils auront pu profiter. Trop souvent vus comme des
bénéficiaires d'un servies, comme une charge pour la société, les étudiants
sont au contraire l'avenir ce cette société qui les précarise.
L'argument de la direction de TEM et de l'Institut Télécom est simple
et bien rodé: on ne fait qu'aligner les frais de scolarité de TEM sur ceux des
autres grandes écoles de commerce. Et si on faisait pareil pour Télécom
SudParis et on comparait ses frais d'inscription à ceux des autres grandes
écoles d'ingénieur, en vue de les aligner, on constaterait la chose suivante:
les frais d'études des écoles d'ingénieur sont bien en-deçà de ceux pratiqués à
Télécom SudParis. Selon cette même logique, il conviendrait alors de diminuer
les frais de scolarité de TSP. Le fait-on? Non, on les augmente d'année en
année. L'argument est sans valeur car utilisé dans un sens unique, lorsqu'il
s'agit de faire payer davantage les étudiants.
Argument n°3: TEM reste tout de même une école très sociale.
Il est vrai que TEM accueille une forte proportion de boursiers et,
plus généralement, d'étudiants issus des milieux populaires, par rapport aux
écoles de commerce privées. Il est pourtant évident que les écoles publiques se
doivent d'être accessibles à tous; pourtant, ce qui relève ici de la normalité
est présentée par la direction comme quelque chose d'exceptionnel.
Ce n'est qu'à cette rentrée que TEM et les autres écoles de l'Institut
Télécom se sont mises à appliquer les mêmes critères de bourses que ceux
pratiqués dans les autres établissements publiques d'enseignement supérieur (le
critère CROUS). Cela signifie que pendant 30 ans, de la création de l'INT à
cette rentrée, les étudiants de TEM et TSP avaient des bourses au rabais.
Étrange conception du social.
Quant aux frais de scolarité, aujourd'hui à 2500€ et demain à 5000€, ils
sont exorbitants comparés aux autres établissements d'enseignement supérieur,
qui sont de 245€ pour les formations délivrant le grande de Master. Des frais
de scolarité 10 fois supérieurs à la normale; et bientôt 20 fois supérieurs.
Du côté des prix dispensés au restaurant scolaire, on constate que le
prix du repas des étudiants est de 3.53€ actuellement; d'après la direction du
restaurant, il passera en janvier à 4€ environ et à termes à 4,50€. Dans les
autres restaurants scolaires, le repas est à 3,05€. Une différence
non-négligeable pour ceux qui ont du mal à boucler leurs fin de mois.
TEM n'est pas une école aussi "sociale" que la direction veut
bien le faire croire.
Argument n°4: l'école a besoin d'argent
C'est encore vrai. L'école a besoin d'argent pour fonctionner (payer
les salaires du personnel, entretenir et rénover les locaux, financer le
restaurant scolaire...) et le projet d'augmentation des frais de scolarité a
été justifié, en 2008 lorsqu'il a été proposé par la direction, par un besoin
en ressources financières (pour, par exemple, mettre en place sur le campus une
salle de marchés).
Or, il n'y a pas de lien entre le besoin en ressources d'une école et
les frais de scolarité. Par exemple, lu budget de TSP est de 25,2 millions
d'euros et celui de TEM de 16,5 millions. Ainsi, TSP dépense plus par étudiant
que TEM mais les frais de scolarité à TSP sont moindres (1100 € contre 5000 € à
la rentrée prochaine). Il n'y a donc aucune raison que TEM fasse payer une
telle somme à ses étudiants ni que l'Institut Télécom ne subventionne pas TEM à
hauteur de ce dont elle à besoin, de manière à empêcher la hausse des coûts
pour les étudiants.
La question est donc banalement une question de financement et d'une
équitable allocation des ressources à l'intérieur de l'Institut Télécom. Avec
un budget conséquent, à savoir de 145 millions d'euros pour l'Institut, on peut
affirmer que la variable d'ajustement pour le fonctionnement des écoles doit
être la subvention alloués à ces dernières par l'Institut, et non pas les étudiants
avec les frais d'études.
Argument n°5: l'école a obtenu une accréditation internationale
Oui, mais on ne voit pas le rapport! En quoi l'obtention d'une
accréditation internationale devrait rendre une école plus chère pour ses
étudiants et donc moins accessible?
Des conséquences graves pour les étudiants
Les conséquences sont évidentes:
1) Une discrimination sociale accrue à
l'entrée de l'école.
Qu'il y ait un nombre conséquent de boursiers
à TEM par rapport aux autres écoles de commerce n'est pas contradictoire avec
le fait que des étudiants ne puissent intégrer TEM pour des raisons financières:
notamment ceux issus des classes moyennes ou ceux qui ne sont "pas assez
pauvres" pour être exonérés de frais d'inscription.
2) Une précarisation plus forte des
étudiants.
Cela signifie que pour un étudiant en
difficultés financières, il faudra sortir en moyenne 250€ de plus par mois,
pour espérer conserver les mêmes conditions de vie et d'études déjà précaires.
Pour un étudiant déjà salarié, cela signifie qu'il devra travailler 25 heures de
plus par moi par rapport à la situation actuelle. Avec certaines situations
paradoxales qui consistent pour des étudiants à travailler pendant leurs heures
de cours, afin de payer les cours qu'ils sont en train de manquer du fait de
leurs maigres ressources.
Tous ensemble pour s'opposer
à la hausse des frais de scolarité, à TEM comme à TSP!
6 commentaires:
Il suffit de réfléchir un peu pour comprendre que les écoles ne cherchent pas du bénéfice... Les subventions de l'Etat sont au plus bas en cette période de crise alors pas besoin d'article bidons comme celui là.
Ridicule (ça n'aura pas d'effet d'ailleurs)
Très bon article!
C'est pas à la portée de tout le monde de payer aussi cher!
C'est bien d'avoir des délégués qui nous défendent!
Bon travail, continuez.
Bravo, j'approuve complètement!
Vous oubliez l'essentiel: nous avons la chance de bénéficier d'un système de bourse inédit dans le monde des écoles de commerce. J'ose imaginer que l'augmentation des frais de scolarité n'impactera pas les étudiants les plus démunis et sera seulement graduelle pour les autres.
Cependant, comme vous le dites, passer du simple au double sur ces frais ressemble fort à un alignement sur les autres écoles de commerce...
Pourriez vous exiger de l'école des justifications sur cette augmentation "à la louche" et ces nouveaux besoins de trésorerie qui semblent sortir de nulle part?
Autre requête : un effort sur la forme et l'orthographe, là ça manque cruellement de crédibilité.
Guillaume, merci pour tes remarques. Je vais tâcher de répondre à tes interrogations.
Pour ce qui est des bourses, elles sont certes plus élevées que dans les écoles de commerces privées mais ce sont les mêmes que celles du système de référence, celui du CROUS, lequel s'applique pour la quasi-totalité des établissements publiques d'enseignement supérieur. Le nouveau système en place a été instauré sur l'ensemble de l'Institut Télécom et n'est pas financé par TEM mais par une enveloppe spécifique allouée par l'Institut et le ministère de tutelle.
Malheureusement, l'augmentation ne sera pas graduelle, comme tu le suppose (et c'est normal tant cela paraît évidemment nécessaire). Tous étudiant non-boursier et non-exonéré des frais de scolarité devra débourser 5000€ et il n'y aura pas de création prévue de paliers de bourses supplémentaires permettant d'exonérer partiellement certains étudiants, comme envisagé à un moment. Ainsi, un étudiant « juste au-dessus » du dernier palier, sera concerné. Cela concerne beaucoup d'étudiants issus de milieux modestes de des classes moyennes.
L'école ne justifie pas cette augmentation par un besoin particulier: le budget prévisionnel de l'année 2012 a été fait sur la base de frais de scolarité à 2500€. C'est à dire que la direction n'a officiellement pas prévu ce qu'elle ferait de cet excédent, si ce n'est qu'un tiers serait reversé sous forme d'aides sociales.
Enfin, pour ce qui est de la forme, l'article est correctement rédigé et bien argumenté (3 pages). Il y a peut-être quelques fautes d'inattention mais on a travaillé sérieusement... On nous a reproché parfois un caractère trop « scolaire » de nos précédents articles, c'est pourquoi on a préféré adopté par la suite le style d'un journal étudiant. Malheureusement, ce sera dur de satisfaire tout le monde.
Merci pour ces précisions.
Je vous donne mon soutien sans réserve pour faire en sorte que cette augmentation, si malheureusement elle a lieu, ne lèse pas les étudiants aux revenus limités.
Il en va de la possibilité pour les élèves de continuer d'étudier dans de bonnes conditions, mais également de l'exemplarité du modèle d'ouverture sociale de l'école.
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